Honni soit qui mal y pense !
Le nouveau magazine de Canal+ instruit à charge. C’est son droit, mais alors parlons d’enquêtes d’opinion. Moins arrogant que 90 minutes dans sa forme, il est tout aussi prétentieux dans le fond s’arrogeant le devoir d’éclairer la « conscience collective ». Sauf que cela demeure un satisfecit médiatique, plus qu’une démarche au service de la société civile, un mélange « confusionnel » de données fondamentales, comme risque et danger, aux effets aussi stérilisants pour la gouvernance des risques que dévastateurs pour les victimes.
Qu’y a-t-il de commun entre les microparticules, le prix de l’électricité et l’information aux patientes « ménopausées » ? La réponse est univoque pour les trois reportages : le complot du silence.
Ainsi, les industriels, les entreprises nous manipulent avec cynisme dans leur exclusif intérêt ! Bon, mais à y regarder de plus près quelques nuances sont importantes avant que nous nous enflammions pour allumer les bûchers du troisième millénaire…
La RATP nous empoisonne et nous frôlons le scandale inique de santé publique. La faute aux constructeurs automobiles, aussi ! Les uns entretiennent leurs voies et enfument nos poumons, les autres nous vendent des diesels, une arme fatale… Ce n’est pas un risque, mais un danger, objectivé par les épidémiologistes de l’INVS et confirmé par d’éminents pneumologues. Il y a une loi contre la pollution de l’air… Appliquons-la ! Eduquons les Français et rendons obligatoires les filtres à particules, car en plus nous avons la solution. Notre santé n’a pas de prix… On ne peut vouloir tout et son contraire.
L’EDF nous fournit la fée électricité à l’un des taux les plus bas d’Europe. Elle nous pousse à la consommation ? Que les associations de consommateurs nous éclairent à leur tour et apprenons à gérer !
On ne peut mettre ni un expert, ni un gendarme, ni un conseiller en gestion derrière chaque Français. Ces « déclarations scandalisées » de journalistes justiciers sont surtout pour moi l’occasion d’ un plaidoyer pour l’autonomie et la responsabilité. L’Etat providence pour 50 millions d’assistés…est une vision passéiste et peu reluisante de la société française, non ?
Dernier sujet, nous quittons l’univers du danger et du procès d’intention pour entrer dans celui du risque. Le risque, contrairement au danger qui est une réalité, est une probabilité de survenue. Le premier risque, en santé, est la pathologie ; le médicament – par rapport à ce risque initial – est une autre prise de risque à la fois immédiate et différée. Le rapport Bénéfice/Risque doit être envisagé non seulement au regard de la pathologie mais aussi dans le temps.
En un mot, le bénéfice du médicament est-il réel par rapport au risque d’une pathologie invalidante et est-il dénué de risque à terme, encore une fois et toujours, par rapport au risque initial ? Pour cela, l’industrie pharmaceutique est une des activités les plus encadrées et heureusement. Recherche, développement, évaluation et mise au marché sont contrôlés par nos Autorités de tutelle et aujourd’hui européennes.
Mais le médicament n’échappera pas à la réponse individuelle, celle qui fait que l’on répond plus ou moins bien au produit, qu’on supporte plus ou moins bien ses effets secondaires. La santé publique a une mission qui l’honore, apporter des réponses aux maladies des Hommes et au plus grand nombre. Ainsi sont « tolérés » des effets plus ou moins délétères au regard de l’indication et de l’activité thérapeutiques des différentes molécules. Chacun va réagir avec sa complexion physiologique et sa complexité psychologique. Car si l’on parle d’effet placebo pour certaines substances, il est temps aussi de parler de l’effet « nocebo » de données parcellaires, individuelles, ponctuelles et donc arbitraires, mais qui pourraient compromettre le devenir d’un médicament, le traitement de ceux à qui il convient et plus globalement la recherche de nouveaux médicaments.
Ainsi, les femmes ménopausées seraient intoxiquées par leur traitement. Les THS ont montré au cours des années (d’où l’intérêt d’une pharmacovigilance au long cours) un risque d’augmentation de survenue de certains cancers. Cela ne s’appelle pas un scandale, une honte, une crise mais un management de risques parfaitement efficace. Car incontestablement de nombreuses femmes ont été équilibrées à la prise de ces hormones et d’autres malheureusement pénalisées. Il convient aujourd’hui d’évaluer le danger, d’en repérer les profils sensibles, de surveiller ou d’interdire. Car un danger se contrôle et s’éradique puisque sa réalité s’impose.
Mais que dire d’un traitement où les notifications de pharmacovigilance sont rares ? Un risque s’évalue en termes de gravité et de probabilité. Il est inacceptable s’il survient souvent, même s’il n’est pas grave. Mais quand le risque est grave et avec une fréquence mineure, que doit-on faire ?
La cindynique nous apprend que le risque s’éloigne des preuves statistiques et de la prérogative des experts pour s’exprimer au champ social. Dès lors la société civile le juge inacceptable dans sa perception dont la représentation est de 0 ou 100%. C’est l’exigence de sécurité toujours supérieure à la sécurité possible qui fait le délire sécuritaire et le délice des « Zorro » médiatiques. Respecter les minorités, les entendre et écouter leur plainte, pour les prendre en charge, est une chose, les ériger en conquérantes en est une autre. De quel droit doit-on accepter que 5% dictent le devenir de 95 autres% ? Les reportages qui tendent à montrer que chaque problème de tolérance d’un médicament est lé résultat d’une industrie indigne, irresponsable et avide de profits, ne participent ni à la défense de la santé publique ni à la nécessaire gouvernance des risques. Les pressions orchestrées sur les Autorités – fragilisées par les affaires - le doute sur les experts ne peuvent conduire qu’à des décisions hâtives et préjudiciables à l’intérêt collectif.
Les problèmes ne sont, ni univoques ni simples, en santé. La ménopause, évolution « naturelle » et passage obligatoire pour une femme, peut être une formalité pour certaines, une épreuve et un drame pour d’autres. La situation de ces femmes est multifactorielle et trouver, en la réponse médicamenteuse, le bouc-émissaire de leur mal-être n’est pas fait pour les aider. Ces émissions, qui tendent à nous faire croire qu’on dépiste les scandales, qu’on défend nos intérêts, ne sont peut-être pas aussi honnêtes qu’il y parait. Qu’on déteste l’industrie pharmaceutique est possible, qu’on ait le pouvoir de la compromettre sur l’opinion de quelques uns est un procès à charge aux conséquences multiples et dévastatrices pour les malades.
Je retiens enfin que tous les leaders seraient « achetés » - le principe d’un leader d’opinion est d’avoir la liberté d’exprimer son opinion car elle est respectable et respectée. Dès lors qu’il serait acheté, il perdrait ce statut envié. On peut considérer que l’industrie pharmaceutique soit assez stupide pour se payer tous les leaders d’opinion et les experts. Cela sous-entend qu’elle est très très riche et que les experts et leaders d’opinion sont dénués d’éthique.
En revanche, ce que l’on peut remarquer c’est que l’industrie en général communique mal, que leurs porte-parole sont empruntés.
La presse fait peur. Est-ce son rôle ? En troquant sa plume contre une robe de juge, la presse n’usurpe t-elle pas un droit qu’il n’est pas prudent de lui confier (remember Outreau).
Car, finalement, n’est-elle pas, elle aussi, sous la pire des influences ? La sienne, ses pré requis, ses a priori ! Les victimes d’erreurs médiatiques n’ont malheureusement jamais eu les moyens de les dénoncer.
Ne confondons pas information et opinion ou plus exactement affichons clairement les objectifs, le débat n’en sera que plus transparent et loyal.

juin 30th, 2007 à 12:26
La lecture de cet article me rend perplexe. Autant je suis souvent en ligne avec le contenu brillant et “pil-à-gratter” de ce site, autant je me sens agacé par ce papier. Celui-ci emprunte les mêmes travers qu’il entend pourtant dénoncer avec vigueur, à savoir la recherche abusive d’un bouc émissaire face aux risques émergents. Or, il fait clairement subir le même sort au magazine d’information de Canal + en l’accusant d’être parti pris !
Je suis désolé ! J’ai regardé l’émission et je n’ai pas ressenti cette volonté de dézinguer la RATP ou l’industrie pharmaceutique. On peut tout au plus reprocher quelques raccourcis ou quelques piques un peu excessives mais de là à le faire passer pour un Zorro médiatique, il y a un fossé que je me refuse à franchir !
A la différence de certains magazines racoleurs de TF1 où en effet le journaliste tire les grosses ficelles du bon et du méchant, C+ fait un effort d’investigation et de décryptage avec les moyens que ses interlocuteurs veulent bien lui donner.
Le document planqué de la RATP sur les émissions excessives de micro-particules est quand même symptomatique du refus de certaines entreprises d’admettre une réalité et de la corriger au lieu de claironner péremptoirement que le métro est plus écolo qu’un 4×4 ! Il émet certes moins de CO2 mais contribue aussi à abîmer la santé de ses passagers.
Et que dire du labo en question ? Je suis bien d’accord pour dire qu’on ne peut pas supprimer de facto un médicament au prétexte qu’il provoque des effets secondaires graves sur quelques personnes. On le sait bien, un médicament n’est pas neutre et chaque organisme réagit différemment. En revanche, ce qui m’agace à chaque fois prodigieusement avec l’industrie pharmaceutique, c’est qu’elle veut à tout prix vendre un monde de molécules idéales et parfaites sans jamais parler du vrai enjeu : le bénéfice-risque. Alors, elle a beau jeu ensuite de se faire passer pour une victime pleurnicharde alors même qu’elle est la première à entretenir savamment un clair-obscur autour de ses produits. Elle gagnerait sûrement plus à adopter une attitude ouverte, responsable envers les patients avec une vraie information sur les bénéfices d’un médicament mais aussi ses potentiels effets chez certaines personnes plutôt que se retrancher dans le déni et accuser ces “salauds” de journalistes qui, c’est bien connu, sont tous d’odieux contempteurs de l’industrie !