Sur médiatisation, surdimutité : Communication santé, Zorro arrive toujours trop tôt ou trop tard…

La crise est un phénomène systémique et modélisé. Un évènement relayé par les média induit un choc dans la population c’est la révélation d’une menace qui jusque là – nous dit-on – nous avait été savamment cachée ! Dès lors, la communication et le risque entretiennent une « intimité » dangereuse oscillant entre la rétention d’informations et l’anticipation des connaissances.

Qu’y a-t-il de commun entre l’ESB, la fièvre aphteuse, la grippe aviaire et les huîtres d’Arcachon en dehors d’être des crises « alimentaires » ?

Leur « exceptionnelle gestion » qui a conduit à l’effondrement partiel ou total de certaines filières, pour un moment et parfois un bon moment. Ces grandes « peurs » ont toutes commencé par la « découverte » d’un univers où les systèmes de production nous étaient parfaitement inconnus. On ne s’interroge pas sur le fonctionnement et les dysfonctionnements d’un secteur avant l’accident (tunnels et tunnel du Mont Blanc), c’est la quiétude sociale où le transfert de confiance se fait sur l’Autre, sa compétence et son éthique, selon l’activité.

La crise par le choc de révélation va donc induire, la rupture de confiance, à l’émergence d’un risque, possible, potentiel mais déjà « médiatisé » sans autre forme de procès, d’investigation, d’expertises.

Ces dernières arriveront plus tard et le plus souvent trop tard. La situation est en « échappement » prouvant bien qu’il n’y a aucune stratégie, réflexion, anticipation, gouvernance des risques. Puis, pour terminer, c’est la sanction de consommation – en l’occurrence - et parfaitement légitimée… par le principe de précaution. Enfin on abandonne très vite l’analyse des sources, des causes. C’est d’emblée la responsabilité « sans faute » et la responsabilité de l’incertain que les média – copieusement alimentés par les politiques, eux-mêmes, inspirés des experts – vont entamer, comme procès, à partir de la démarche de recherche de coupables et entendez surtout de l’acteur solvable.

Cette mécanique, cette équation délétère et récurrente est la crise : Incertitude scientifique avérée + irresponsabilité technique ou managériale dénoncée + recherche exclusive de profits avancée + incurie voire complicité politique signaient le scandale inique du sang contaminé.

Dès lors, la société française craint d’être exposée ou d’avoir absorbé à son insu et en toute confiance, un produit toxique, une substance nocive, que, par intérêt, corruption, fraude, incompétence, atermoiement politique, on lui aurait donné à subir, prendre ou manger !

Ce « modèle » rend la société civile de plus en plus défiante car elle se sent de plus en plus vulnérable.

Consciente qu’on lui aurait fait prendre des risques, elle s’interroge légitimement sur la responsabilité de ceux qui les lui feraient prendre !!

Savoir et connaître cette systémique pourrait permettre d’anticiper pour éviter que les mêmes causes engendrent les mêmes effets.

Mais la culture du risque en France est celle de la « com’ de crise ». La crise est devenue un enjeu de pouvoir par l’occupation de la scène médiatique. Tous les gourous de la com’ se sont donc engouffrés dans la brèche avec une simplification à l’extrême dont les cinq constantes de l’expression sont les suivantes : Faire simple, rapide, technique avec le « Môssieu expert », désigné ou autoproclamé, et selon les sondages émergés.

Trois objectifs obsessionnels en temps de crise vont faire la communication :

  • Montrer qu’on prend des mesures pertinentes (sur quoi puisqu’on ne sait rien, mais tant pis on verra plus tard)
  • Etre transparents pour être crédibles (et surtout éviter d’être « recherché » judiciairement plus tard)
  • Et enfin, ne pas inquiéter pour ne pas affoler l’opinion (tellement stupide qu’elle ne comprendrait pas la complexité de certains enjeux qui ont conduit à la situation)

Ainsi, l’overinfodose entraîne le délire et le paradoxe sécuritaires qui prouvent qu’en surmédiatisant des mesures de sécurité, on crée d’abord et surtout de l’insécurité par la démonstration de la perversité des mesures de sur-protection. Ainsi, la « viande qui ne contenait pas de prion » a subi des retraits de « matériaux » à risques spécifiés (très parlants les MRS ?!) puis des interdictions supplémentaires, des recommandations de découpe et enfin la sanction des consommateurs qui estimaient – à juste titre non ? – que si c’était aussi simple « pas de prion dans le muscle » on n’aurait pas ajouté tout ça… même par précaution !

Et c’est l’ambigüité que connaissent bien les cindynistes qui recommandent de faire « émerger les enjeux » avant la crise pour faire comprendre une politique de gouvernance des risques, tant qu’il est temps. Mais les anticiper c’est plus discret, puisqu’ils n’arriveront pas, moins porteur, on ne communique pas sur les trains qui arrivent à l’heure, alors on n’apprend rien de rien.

Apparaît bientôt le « miracle de ne pas avoir eu la fièvre aphteuse » (Jean Glavany, ancien ministre de l’agriculture) alors qu’il s’agissait d’un exceptionnel maillage sur le terrain des sentinelles vétérinaires prêtes à prendre les mesures les plus drastiques… et ça a fonctionné.

Reste que la crise émotionnelle d’un abattage systémique de malheureux animaux – qui pouvaient guérir… - est resté un traumatisme dans l’opinion publique et venu aggraver le fossé qui se creuse entre
la France et ses paysans.

Surtout quand « enfin » les média sont venus expliquer que tout ceci fut entrepris pour « sauver » leurs exportations à « ces maudits éleveurs destructeurs »…

Quant à la grippe aviaire, autre menace de la métamorphose de l’animal en monstre, Yves Calvi (dans C dans l’air sur France 5 le 25 novembre dernier) dénonce, enfin, peut-être une précipitation des pouvoirs publics à se montrer plus blanc que blanc à partir de prédictions d’experts angoissés. Force est de constater que notre vieil H5N1 ne dispose toujours pas des bonnes clefs pour ouvrir la porte de la pandémie mortelle dont tous nous menaçaient.

Mais il est vrai qu’un « méchant » virus qui ferait le tour de la planète en 36 h n’est pas de la science fiction. Mais qui va le croire demain ?

Quant aux huîtres… - qui tuent régulièrement des souris – elles n’ont pas tué ces deux malheureuses victimes dont il a fallu attendre des semaines les résultats d’autopsie qu’on obtient le plus souvent en moins de 48h…mais je dois trop regarder les « Expert à Miami » !

Bon que fait-on avec les victimes, les vraies, les agriculteurs qui se suicident ? Ben rien ! Apprenez selon que vous serez communicants ou pas les jugements médiatiques vous rendront blanc ou noir !

En effet, aujourd’hui, la « chance » de sortir blanchi d’une crise est directement proportionnelle à votre capital image. Il est clair que certaines industries à risque ou activités sensibles devraient s’interroger pour corriger les distorsions entre réalité et perception. Mais qu’importe, resteront dans les esprits que les éleveurs ont transformé de paisibles herbivores en redoutables carnivores, que le poulet pouvait nous contaminer et que les huîtres sont suspectes. Et la suspicion c’est pire qu’une toxicité avérée, dont on espère finir par trouver la parade.

Alors voilà, tant qu’on jouera la « transparence » sans la loyauté, l’éducation au danger et la responsabilité individuelle, les crises installées, reviendront.

Mais chut, ne le répétez pas, nos héros de ministres ne pourraient plus jouer à nous sauver !

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