Extraits du livre

Le résumé du livre vous a mis l’eau à la bouche et excité votre curiosité ? Nous vous proposons donc des extraits tirés du livre en cours de rédaction. Selon l’humeur du moment ou l’actualité des jours écoulés, nous alternerons ces petits aperçus.
Pour inaugurer la série, nous revenons sur le mythe et le bouc émissaire comme antidotes de crise :

« En Grèce Antique, quand la peste s’est abattue brutalement sur la cité de Thèbes, le conseil des Sages alors saisi de la catastrophe, s’est aussitôt réuni pour savoir qui avait défié les Dieux, qui avait ainsi provoqué leur colère entraînant des représailles sous la forme d’un fléau mortel envers les habitants de la cité : la peste. Le coupable fut vite identifié en la personne du roi Œdipe. Ce dernier avait transgressé une loi divine en tuant son père pour épouser sa mère. La décision irrévocable ne tarda guère à tomber. Œdipe fut condamné à l’exil pour apaiser l’ire des Dieux et rétablir ainsi l’ordre du Monde. Cette vision antique pour traiter une crise et les risques indus qu’Œdipe avait fait courir à sa cité en agissant contre la règle, se retrouve dans l’étymologie même du mot grec « krisis » qui signifiait l’interprétation des signes, des rêves et des vols d’oiseaux. De cette lecture faite par les sages, découlait alors une décision qui conduisait souvent à désigner une victime sacrificielle ou en d’autres termes, un bouc émissaire.

Au Moyen Age, cette perception des risques va continuer à perdurer en France. Pourtant, les calamités mortelles étaient légion à cette époque : hygiène douteuse et épidémies fatales, guerres civiles et invasions meurtrières, conditions climatiques difficiles et famines à répétition. Mais le risque et les agressions multiples étaient plutôt bien acceptées par la population car la perception de la mort était différente. Vivants et disparus coexistaient dans les cimetières qui étaient alors des lieux de rencontre et même de commerce. Le passage de vie à trépas s’effectuait en présence de la famille et des amis. Les cérémonies mortuaires étaient publiques. Tout ceci concourait à apprivoiser le risque et la mort comme des éléments intrinsèques de l’environnement humain.

En outre, deux acteurs jouaient un rôle fondamental de directeurs de conscience, capable de prendre en charge les risques, de les expliquer, de les justifier et de protéger les populations. Le premier d’entre eux est le Roi. A partir du 11ème siècle, il est même considéré comme un personnage sacré, un protecteur détenant des pouvoirs d’essence divine comme par exemple la fameuse guérison des écrouelles, une maladie d’origine tuberculeuse. Lors de la cérémonie du toucher des écrouelles, le roi prononçait traditionnellement la phrase : « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Cette cérémonie avait aussi l’avantage d’entretenir l’espoir de guérison car cette maladie présentait souvent des rémissions naturelles qui faisaient guérir tout seul le malade. Ensuite, l’Eglise servait d’intermédiaire entre un Dieu punisseur et des hommes avouant leurs péchés. Une personne mourait parce que son heure avait sonné et que Dieu décidait de la rappeler. Une personne guérissait parce que les prières avaient été entendues et que Dieu lui accordait grâce. L’Eglise comme le Roi possédaient la légitimité pour définir et contrôler l’ordre social, moral et religieux et rendre ainsi acceptable les catastrophes et les crises qui sévissaient en rafale. Dans la conscience collective de l’époque, les prières étaient efficaces. Si l’on mourait plus vite au Moyen-Age, on se désespérait en revanche nettement moins qu’aujourd’hui ! »