Antaria : on a toujours tort d’avoir raison trop tôt

Les producteurs de porcs français souffrent. Certains, pudiques, courbent l’échine en essayant de convaincre,  par des pratiques exemplaires, que les consommateurs peuvent être solidaires de leurs éleveurs/agriculteurs, d’autres plus arrogants ou vindicatifs bloquent les entrées de Rennes en raison d’un prix de vente à la consommation inférieur au prix de revient.

Cela ne va pas pouvoir durer autant que les impôts !  A cette situation je vois deux raisons : la première que tout le monde connaît, c’est un cours des céréales, base de l’alimentation des porcs, qui flambe depuis quelques mois. La seconde c’est une grande distribution qui en fonction des opportunités change  de marketing,  comme les girouettes change nt de direction en fonction du vent. Les dirigeants d’un leader mondial de la grande distribution ne peuvent d’ailleurs s’empêcher  de  légitimer leur business par la vision prospective et du souci qu’ils ont des générations futures comme ils le confirment « Chaque époque rêve la suivante »  en précisant : « les générations actuelles ne peuvent, au nom du seul progrès économique, dénaturer la planète qu’elles doivent léguer aux générations futures. Nous avons, pour notre part, la conviction que l’économie doit conjuguer rentabilité et équité […] Entreprise commerciale, l’enseigne affirme  favoriser l’accès du plus grand nombre à la consommation, tout en contribuant au développement économique, social, culturel et environnemental des pays ou le groupe est implanté ».

Souvenez-vous des campagnes publicitaires, parues en 2004 dans les hebdomadaires, de cette grande enseigne. Ces annonces, très créatives, nous garantissaient  que « la sécurité des produits [X] passe par le principe de précaution… principe [qui] consiste à considérer tout risque perçu, même mal connu, comme un danger potentiel…Cette enseigne nous prévenait qu’il était important de savoir « ce qu’a mangé l’animal qu’on va manger » ;enseigne qui affirmait aussi à l’époque, lavant plus blanc que blanc, que pour  « la sécurité dans les assiettes : mieux vaut parer que réparer ».

Quelques temps après, ce distributeur a ensuite rentabilisé ses investissements publicitaires en axant tout son discours sur sa filière qui répondait, bien sûr, à l’exigence énoncée, en s’appropriant  surtout celle des cahiers des charges  d’éleveurs qui devenaient très habillement sienne. 

Votre filière « Qualité… » propose aujourd’hui « un jambon cuit supérieur avec couenne soit, 7 Euros le kilo ». Jambon qui vient directement des Etats-Unis, pays qui, comme chacun le sait, utilise encore des farines animales et des facteurs de croissance. Alors la prochaine fois quand vous citerez Michelet, « chaque époque rêve la suivante », assurez-vous que les éleveurs aient la possibilité de transmettre leur savoir-faire à leurs enfants pour que ceux-ci continuent à élever avec vigilance leurs animaux, pour le plaisir de tous. Mais pour cela il faut avoir le courage  de mettre en adéquations vos déclarations d’intention et vos engagements en acceptant « de dire la  vérité, toute la vérité, rien que la vérité. »

Aujourd’hui les éleveurs français crèvent de vos mensonges !
 

 

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