Faut pas « chlordéconer » Belpomme

Droit de suite : Cf. Archive du blog du 18 septembre “l’heure de vérité”. Retour en arrière : En septembre Le Pr Belpomme présentait un rapport au cours d’une conférence de presse qui fit l’effet d’un tsunami médiatique. Ce qu’il appellait « une bombe sanitaire » : un pesticide, le Chlordecone serait responsable de cancers de la prostate surnuméraires aux Antilles en comparaison de ceux que l’on peut recenser en métropole.

Très vite les media s’emparent de cette information sulfureuse qui déchaine les passions. Pourtant des épidémiologistes travaillent depuis des années sur ce sujet et ne peuvent arriver aux mêmes conclusions. Les media sont peu nombreux à relater cette controverse qu’illustrent les propos du Pr Gilles Brücker, Directeur de l’INVS, repris par Le Figaro du 20 septembre : « Le document de l’Artac n’est pas un travail scientifique »…et du Pr Didier Houssin de la DGS qui dénonce, « des approximations, des inexactitudes, des incohérences et surtout des affirmations mensongères ».

L’émoi est vif aux Antilles surtout dans les milieux agricoles qui utilisèrent larga manu ce pesticide dans les bananeraies. Mais comment réagir à ce brulot quand pour la mission interministérielle et interrégionale chlordécone, «Attaquer Dominique Belpomme sur son manque de rigueur, ses approximations et affirmations sans preuve pouvant aller jusqu’à l’imposture, […] pourrait n’être pas de bonne politique, vu la notoriété du personnage et sa capacité de prendre le public à témoin si on le martyrise. »

La réponse est venue le 6 novembre, puisque le Professeur Belpomme a été auditionné par la Commission des Affaires économiques, à l’Assemblée Nationale, présidée par Patrick Ollier qui a conclu très sévèrement cette audition rapportée par Libération du 8 novembre: «Vous avez repris à 80% le constat fait depuis 1993…c’est cela qui n’est pas très honnête dans votre communication ».

Suite à la confrontation entre le très médiatique cancérologue et les chercheurs de L’INSERM et de L’INVS, celui-ci reconnaît : « mon rapport est inexact […] La chlordécone n’est probablement pas à l’origine de l’augmentation des cancers de la prostate aux Antilles ».

Que doit-on retenir de ces quelques informations rapidement synthétisées dans ces lignes : deux règles essentielles :

Primo- il convient toujours de résister à l’intoxication des faux risques surtout quand on manie une information aussi sensible que celle qui touche à la santé.
Secundo- lorsque l’on évoque l’expertise, on oppose souvent la compétence à l’indépendance, alors que pour l’une comme pour l’autre il n’y a qu’un seul impératif : l’honnêteté.
 

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