Grippe aviaire : la grande menace de l’expertise ?

Et voilà, comme il fallait s’y attendre, les trois malheureux cygnes sont atteints par le H5N1. La presse est pour le moment plus discrète qu’au moment des contaminations dans les Dombes de février 2006. Le seul point commun que l’on peut trouver dans ces deux épisodes, c’est encore une fois l’absence de prise de parole des vétérinaires.
Ce n’est pas encore, et heureusement, un virus touchant l’homme dans notre pays. Nous sommes dans le cadre d’une contagion entre des oiseaux… mais ce sont pourtant des médecins qui nous donnent les hypothèses de la contamination des cygnes.
En effet, si c’est l’Afssa, avec le Centre National de Référence de Ploufragan, qui est interrogé légitimement dans le Figaro du 6 juillet, il est en tout autrement dans Le Parisien daté du même jour où c’est « un autre spécialiste », Jean Philippe Derenne qui s’exprime sur un sujet qui est…vétérinaire. « Ce spécialiste du H5N1 »-s’il s’agit du co-auteur du livre Pandémie la grande menace grippe aviaire 500 000 morts, et non d’un homonyme-est « chef de service de pneumologie et réanimation à la Salpêtrière ».
Quelle peut être sa légitimité et quelle est sa crédibilité quand on découvre ses dires dans Le Parisien : « les oiseaux sauvages se déplacent toute l’année. [Tiens en voilà une nouvelle !] Certains font 200 kilomètres [Non pas possible !] en dehors des grandes traversées saisonnières. Ces cygnes peuvent avoir été infectés par d’autres oiseaux qui ont été en contact avec le H5N1 [ah bon !] dans d’autres pays » Et le pneumologue réanimateur de rajouter : « les canards peuvent transporter le H5N1 sans être malades, mais le propagent aux espèces les plus fragiles comme les cygnes ».
Est-il ornithologue, est-il vétérinaire ? Pas que je sache… Quand un patient souffre de grippe saisonnière ou d’une bronchite, va-t-il consulter un vétérinaire ? Ah l’étrange fascination des media. Les experts sont ainsi poussés aux limites de leur savoir et leur anticipation est de plus en plus souvent sanctionnée par le temps. Alors aux limites du non savoir, le su n’est plus que le cru.
Pourtant ON SAIT que ce virus alsacien n’est pas encore séquencé. Dans Le Figaro d’ailleurs, on apprend que «ce séquençage nous dira bientôt si le virus mosellan est proche de celui isolé en Tchéquie et en Allemagne, ou de celui isolé dans la Dombe l’an dernier ».
Alors laissons la parole aux vétérinaires quand il s’agit de parler de pathologies touchant les oiseaux…pour que le cru ne soit plus que le su.
