Les apiculteurs ont le bourdon

Tout le monde semble d’accord sur le constat : les abeilles disparaissent. La thèse la plus couramment exprimée semble être celle de l’usage de pesticides puisqu’après le Régent, et le Gaucho, désormais interdits, le dernier produit qui vient d’être autorisé le Cruiser,  thiametoxam, est incriminé à son tour par les apiculteurs. 

C’est sous la forme d’une publicité, à laquelle on ne peut résister, que s’exprime la colère des amoureux des abeilles, puisque l’on y voit une ouvrière portant une bombe sur son dos, sous l’accroche attribuée à Enstein : « Si l’abeille disparaît, l’humanité en a pour 4 ans ». Cette page parue dans le Monde du 17 janvier renforce l’idée que les pesticides sont responsables de toutes les maladies qui touchent les ruchers, et encore une fois on assiste à des combats où l’obscurantisme le dispute aux pré-requis.

Oui « Arrêtons le massacre » puisque tous sont d’accord sur ce point : les abeilles meurent, les ruches se vident…Mais Arrêtons aussi les simplifications à l’extrême, en désignant les couples en distribuant les bons et mauvais points et en opposant les bons et les méchants comme à chaque controverse.  Au lieu des logiques d’affrontement pourquoi ne pas œuvrer dans la même direction, sans apriori, en intégrant tous les résultats d’études fussent-ils déplaisants à entendre. Préférons une lecture critique comme le recommande tout débat scientifique.

Pourquoi les signataires de la publicité n’ont pas investi autant pour faire part de l’étude de deux chercheurs de l’INRA  de Sophia Antipolis,  qui démontrent que des résidus toxiques sont présents dans les cires et aussi dans des abeilles mortes. (Cf. Le Figaro du 15 octobre et 28 décembre 2007). En effet, il ne s’agit pas de pesticides, retrouvées à faible dose. Ces résidus sont dus en grande partie aux traitements chimiques que les apiculteurs effectuent dans leurs ruches pour lutter en particulier contre le varroa, parasite introduit en Europe au début des années 80, avec l’importation des reines. 

Alors au lieu d’entarter les chercheurs, il serait peut être plus approprié que les apiculteurs acceptent de remettre en cause des pratiques dangereuses, tout comme les agriculteurs pourraient accepter aussi de pratiquer des jachères fleuries pour lutter contre l’uniformisation de la monoculture et permettre aux abeilles d’avoir une alimentation variée et équilibrée… Les choses, en effet, ne sont jamais duales et très souvent il suffirait d’un peu de bon sens pour que les protagonistes construisent ensemble une vision commune qui n’exclue pas une exigence réciproque indispensable pour mener à bien les combats pour sauver en l’occurrence nos abeilles.

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