Sous une lune noire…

Il y a des maudits ! Des personnes, des objets, des projets dont on parle ainsi. A grand renfort de « signes » avant coureurs, que personne n’avait remarqué – sauf l’auteur du récit -, qui pourra expliquer ainsi que l’acte, l’accident ou l’échec est une « punition », une sanction à la hauteur de la transgression ! Imaginez pour l’A380…
Ce fut le cas pour les éleveurs au moment de l’ESB. « Auteurs » de crimes qu’ils n’avaient pas commis, ils étaient pourtant dénoncés dans leurs pratiques déviantes d’une agriculture hérétique qui avaient transformé de paisibles herbivores en redoutables carnivores, à partir d’un « régime » de farines de viande et d’os.
La sanction de Dame Nature ne se fit pas attendre et la correction de cette transgression fut terrible. Les mythes et l’imaginaire ont cette puissance d’expliquer l’inacceptable qui fait le contexte des crises.
Aujourd’hui, on tente d’oublier que l’A380 est le fils d’EADS, terrible matrone au cœur du premier gros scandale d’un gouvernement qui voulait en finir avec les magouilles du passé et nous avait promis la rupture.
L’A380 ne sera jamais le mythique oiseau blanc que fut Concorde – autant pleuré que les 113 victimes de son crash.
Mais en revanche, au premier incident, l’A380 se verrait accablé de tout cet environnement qui n’est pas lui, mais qui pourrait concourir à une « explication des défaillances ».
La crise qui ne manquerait pas d’exploser serait nourrie aussi des propos péremptoires de réassurance quant à la sécurité, où, la « faiblesse » du nombre d’heures de formation des pilotes, aux commandes de l’appareil, ne manquerait pas d’être exploitée.
Voilà comment s’écrirait la crise de l’A380, avion entaché de ces délits, gâché par tant de mensonges et dont on n’arrive plus à être fier.
Car le problème est là, c’est l’interne qui assure l’image des hommes et des produits d’une entreprise.
Les cindynistes à l’aube de la commercialisation de ce gigantesque avion pourraient poser un diagnostic de « situation sensible à très haut risque » aux multiples facteurs : anxiété des passagers, pression du temps, mauvais climat dans l’entreprise, dysharmonie des techniques, des moyens, des partenaires… mais ils seraient taxés d’« oiseau de mauvaise augure », car la confusion est constante entre prédiction et prévision.
Alors, il serait temps d’intégrer ces données pour anticiper et arrêter déjà les prophéties de malheur.
