Titraillé de droite à gauche
Quatre titrailles, quatre Unes, et même sujet consacré à un homme qui a pourtant quitté l’actualité depuis qu’il n’est plus à la magistrature suprême, Jacques Chirac. Paradoxalement Le Figaro, journal que je pensais à droite, joue sur l’ambigüité du « Retour aux affaires » de l’ex Président de la République avec un commentaire qui ouvre sur une autre affaire, Clearstream, ou « Jean Louis Gergorin auditionné » […] « a invoqué pour sa défense les consignes que l’ex-chef de l’état auraient donnés à Dominique de Villepin.
Le Monde, journal de gauche me semblait t-il, est beaucoup moins critique, avec un très convenu « M. Chirac entendu par un juge ». D’ailleurs il était difficile, pour le journal du soir de faire autrement, dans la mesure où l’ancien Président de la République exprime son point de vue dans les pages « débats » du quotidien par un très habile : « Financement politique, ce que je veux dire aux Français » avec ce commentaire du Monde, on ne peut plus neutre : « L’ancien chef de l’état explique sa ligne de conduite, à la tête du RPR, sur les ressources des partis dans les années 1980-1990 ».
Libération, bien ancré à gauche contrairement à son second sujet de Une, quant à lui, choisit un titre que n’aurait certainement pas désavoué Le Canard Enchainé, qui hélas pour les aficionados dont je suis ne sortira que mercredi. Le « Fin de cavale pour Chirac » lui fait ainsi retrouver un culot qui n’était plus vraiment de mise depuis quelques temps.
Le titre du Parisien est le moins original, mais peut être le plus informatif des quatre, avec « Ce que risque vraiment Chirac » adossé à « entendu hier par le juge » en tant que « Témoin assisté ».
En revanche ce journal bien informé gratifie les lecteurs d’une manchette, qui ne va pas manquer d’exaspérer les groupies des personnages de J.K Rowling : « On connaît déjà la fin de Harry Potter » apprend t’on en Une, alors que « Le Tome 7 sort à 1 heure du matin ». En effet dans les pages intérieures, mais hypocritement la tête en bas, un court article nous dévoile que…Mais non vous ne saurez rien, car n’étant pas un amateur éclairé, au grand dam de mes enfants, je me fous un peu de ce que devient Harry.
Voila pour les Unes de nos principaux quotidiens nationaux, avec toutefois une mention spéciale à Libération pour sa maquette. Elle arrive à concilier le sujet « Chirac », précédemment évoqué, avec un culotté « Libération Joue L’ouverture » en accueillant les signatures de « Nicolas Beytout [dont l’éditorial est savoureux], François d’Orcival, Alexandre Adler, Jean d’Ormesson, Philippe manière, Denis Tillinac, Philippe Tesson et Eric Neuhoff ». Que des plumes de Gauche, comme le confirme la délicieuse conclusion de l’éditorialiste d’un jour, Nicolas Beytout, directeur de la rédaction du Figaro :
« En tout cas, étant de gauche et large d’esprit, je serais avide de ces débats et de ces échanges de vues. En somme si j’étais de gauche et lecteur de Libération, j’adorerais Le Figaro ».
Voilà comment avec une simple ouverture, on peut ne plus savoir distinguer la droite de sa gauche !
