A la gare du Nord, le ticket choc…

Conclure à l’exemplarité d’un climat de tension, inhérent à l’un ou à l’autre des candidats à la présidentielle, à propos de la flambée de violence dans l’enceinte de la gare du Nord, fait partie de la vision séquentielle, ponctuelle (électoraliste ?) et donc arbitraire qui nous condamne à la résurgence du phénomène de crise.

En effet, c’est efficace, plutôt réductionniste, mais illustre bien que le recours aux mythes et à l’imaginaire à la puissance de donner une cohérence explicative à l’inexplicable. Comme l’agriculture industrielle, productiviste, déviante avait transformé de paisibles herbivores en redoutables carnivores, c’est Sarkozy qui cristallise le malaise des jeunes de banlieue et favorise l’explosion de leur mal-être ! Est-ce si simple ?

Le jeune, plutôt trentenaire, refuse l’ordre établi, même juste, qui consiste à « exiger » pour l’équilibre de la collectivité que chacun paye son droit d’utilisation des transports en commun. Ce « vulgaire » délit de resquillage est sanctionné légitimement au regard de l’intérêt commun et de l’équité.
L’interpellation « musclée » pour les uns, en réponse à un assaut de violence et d’insultes pour les autres, est le facteur déclencheur d’une situation qui s’est révélée à haut risque.

C’est ici qu’il faut s’interroger et placer le pourquoi plutôt que d’expliquer « parce que c’est Sarko qui a pourri les relations entre la police et les jeunes ». Le jugement du racisme « anti-jeune » est un peu hâtif et manipulatoire. La loi ne peut « nuancer » et souffrir d’interprétations. On peut regretter qu’un « petit » délit nous condamne au traitement de délinquant – comme par exemple – rouler sans permis et se voir menotter… Mais alors, il faut tout refondre et remplacer les forces de police par une armée de psychosociologues négociateurs. La bonne question, peut-être, est de se demander pourquoi certains se sentent autorisés à enfreindre la loi en toute impunité, l’exiger voire le revendiquer avec la bienveillance des média.

En revanche, l’autre bonne question est de s’interroger sur la perception d’un « peloton » de flics pour interpeller un seul individu. L’anticipation zélée est manifestement le dysfonctionnement qui a entraîné l’inverse de l’objectif recherché.

Cependant, on ne peut d’un côté se désoler des zones de non droit qui mettent en péril la sécurité des individus, grands ou petits, jeunes ou vieux, et s’offusquer de l’intervention policière. Reste que là aussi, nos «représentations mentales» se nourrissent de bribes d’information, de données parcellaires que l’on relie (ou que les média nous font relier) les unes aux autres pour donner sens à un évènement inacceptable.

La crise demeure cette survenue brutale de l’inexplicable parce qu’on nous apprend plus à relier, à prendre conscience des conséquences possibles de nos actes et que l’on s’entend – et s’en contente trop souvent – s’écrier à chaque fois « mais comment en est-on arrivé là ? »…

La crise dessine prioritairement les contours d’un désordre social.

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