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En créant de la sécurité nous créons concomitamment de l’insécurité. Ce paradoxe « sécuritaire » nous empêche de voir et de réaliser ce que l’on peut gagner, sans nous faire oublier ce que l’on perd. Ces changements sont anxiogènes et alimentent les peurs d’une société qui se sent de plus en plus menacée. La crise sociétale « exprimée » est une défiance face à la prospective elle-même et incite à la résistance au « progrès », jusqu’au retour, parfois, à des mentalités « archaïques ». Alors, les machines à voter… était-ce bien le moment ?

Ce matin sur France Inter, la journaliste I. Jouan s’interrogeait, en effet, sur l’opportunité – compte tenu du climat quelque peu délétère de l’élection présidentielle – de « tester » les machines à voter. De surcroît, ajoutait-elle, les circonscriptions, tentant l’aventure, ont une majorité d’électeurs… âgés ! Enfin, les modèles « agréés », précisait-elle, sont contestés dans leur pays d’origine… C’est pas une bonne idée ça pour insuffler plus de doute sur les contrôles (autrement dit les fraudes par erreur ou détournement, piratage des votes…), sur la confidentialité, en un mot quant à la confiance à accorder aux futurs résultats ?

Vous me direz c’est un détail, il y a des choses plus importantes que cela dans la campagne et puis… on n’arrête pas le progrès ! Et bien justement si, par le rejet, les rumeurs, la polémique et donc… la crise. Cette crise sociétale de la prospective elle-même secoue la société française depuis les « grandes affaires » qui ont ébranlé sa confiance, ses croyances en un progrès infini – « perçu » aujourd’hui plus porteur de menaces et de catastrophes que de bienfaits.

Cette crise morale, voire existentielle, fait suite à cette notion de progrès à partir de laquelle on a crée, en son nom, un univers exclusivement matérialiste et marchand, qui a montré toutes ses limites au travers de la « défaite de la santé publique »* ou des grandes crises alimentaires (ESB, fièvre aphteuses, grippe aviaire…) par exemple.

Exit, le progrès comme mythe fondateur de la modernité et qui devait nous conduire à une société « parfaite ». Pêle-mêle les surpromesses, les erreurs, les excès… des sciences, des techniques, du progrès nous ont fait prendre conscience des dégâts et menaces induites, aux conséquences apocalyptiques, pour certains, sur l’eau, l’air, la terre, l’homme, la planète…

Dès lors, les mesures engagées, ou prévues, paraissent dérisoires au regard des risques inéluctablement encourus. C’est le retour et la résurgence des grandes peurs dont on croyait s’être débarrassé depuis le Moyen-Âge. Aujourd’hui, il faut intégrer cette perte de l’idée de progrès scellant l’alliance entre la science, la technique et l’économie pour notre bien-être et devenue, pour beaucoup, « diabolique » (recherche exclusive de profits au mépris de la sécurité).

Pour réauthentifier la confiance sociale et assurer le bien commun, il conviendrait d’analyser les tensions et conflits entre l’innovation, les valeurs sociétales exprimées et la prise de risques. C’est poser l’enjeu de l’acceptabilité sociale des risques, du changement. Sinon, nous risquons bien d’accentuer le climat « convulsif » actuel.

En effet, nous avons de plus en plus peur parce que nous avons beaucoup à perdre. Nous consommons à « marche forcée » de plus en plus de progrès qui échappe à notre intelligence. Sur-informés, nous demeurons souvent incapables de comprendre comment fonctionne les choses. Le monde technique, rationnel devient un monde sorcier, siège de nos émotions et non plus de notre raison.
Nous nous sentons impuissants donc de plus en plus vulnérables face à cette perte de maîtrise des biens, des objets, des faits. C’est ainsi que nous créons toutes les conditions favorables à la survenue des crises.

Les machines à voter n’échapperont pas à cette systémique même s’il ne s’agira que de rumeurs. On aurait pu y penser et développer la consultation de la population. Même si la « formation à l’opération » est le début d’une acceptation « sereine » du changement et donc de son adhésion, le risque de mécontentement et de résistance est présent et déjà exprimé.

A suivre…

* Livre d’A. Morelle.

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