La lumière ne sert qu’à révéler les zones d’ombre
Le principe de précaution induit par l’affaire du sang contaminé est devenu le plus souvent au fil des ans un principe d’abstention. La suspension de commercialisation des huitres d’Arcachon en septembre est le dernier avatar de la filière conchylicole.
Si on analyse bien le communiqué de presse conjoint des Ministères de la Santé et de la Pêche en septembre 2006, on y trouve une rédaction incohérente avec les décisions des mesures à prendre : « Aucun lien ne peut être établi à ce jour entre la consommation des huîtres et la survenue de ces décès, des investigations complémentaires sont en cours. ». Pourtant malgré l’absence de liens de causalité on interdit la vente des huitres du bassin !
Pourquoi au moment précis où deux personnes sont décédées pense-t-on que ce sont les huitres qui ont été coupables et responsables de cette contamination ?
La première autopsie innocentera pourtant rapidement le mollusque incriminé, la mort étant due à un surdosage médicamenteux ! Quant à la seconde… « Patience et longueur de temps »… elle lèvera le doute plus tard, très tard, car le mal est déjà fait.
Il reste l’expertise scientifique, qui aurait pu, dû orienter la décision du politique, car on peut penser que le rôle de l’expert est d’éclairer le processus décisionnel. Pourtant plus souvent qu’il ne devrait, l’expert outrepasse la fonction qui est la sienne et quelque fois anticipe sciemment les connaissances.
Le plus bel exemple est le livre publié par deux éminents spécialistes, l’un pneumologue et l’autre infectiologue, sur le virus de la grippe aviaire intitulé « Pandémie : la grande menace » dont le sous titre est «Grippe aviaire 500 000 morts en France ?». (Cette grande menace est d’ailleurs revue à la baisse par l’Institut National de Veille Sanitaire qui l’estime plutôt, selon les différents scénarii étudiés, dans une fourchette de 91 000 à 212 000 décès). Le contexte de surmédiatisation en 2005 du sujet Grippe aviaire dans lequel est sorti ce livre à rajouté à la psychose ambiante provoquant la chute d’une filière dont les victimes furent les éleveurs. Cela révèle toute l’ambiguïté de l’expertise car on ne reprochera jamais à un expert ou un spécialiste d’avoir surévalué un risque mais on lui reprochera toujours, en revanche, sa sous évaluation.
En plus de 25 ans d’expérience professionnelle jamais nous n’avions vu une crise de cette ampleur, avec une pression médiatique aussi extravagante que nous suivions au jour le jour dans nos analyses de presse.
Si on ne dénombre toujours aucun cas de transmission d’influenza aviaire à l’homme en France à ce jour, on continue à constituer des stocks faramineux d’antiviraux et de masques, par précaution tout en gérant leur péremption. Pourtant, on a la chance de connaitre la source de ce danger, H5N1, et ainsi que le recommande le Directeur de l’OIE (l’organisation mondiale de la santé animale), Bernard Vallat, on pourrait mettre sous contrôle le risque de transmission du virus aviaire à l’homme en aidant massivement les pays atteints à éradiquer ce virus. Ceci nous éloignerait d’autant du risque de pandémie. A la lumière de ces expertises on devrait avoir un processus décisionnel éclairé et une stratégie bien différente.
Pendant ce temps, tout début 2005 dans l’Océan Indien, à bas bruit l’Aedes Albopictus commençait à colporter un virus au nom exotique. A ce jour le « chikungunya » est responsable de 252 décès rien qu’en 2006 à
La Réunion.
Mais de cela les experts n’en ont pas fait un livre : principe de surdimutité ?
