Taisez-vous… la presse !

images.jpg« Si je peux terminer ma phrase ce serait pas plus mal »… répliquait Olivier Besancenot à JP Elkabbach ce matin sur Europe 1 ! On ne sait pas encore si les changements promis seront réalisés, menés et accompagnés mais il en est un acquis : les journalistes ont de plus en plus de mal à mener les débats ! Mais n’est-ce pas un «juste» retour des choses ?

Les changements lents et progressifs « apparentés au syndrome de la grenouille ébouillantée » (cf. blog du 4 avril 2007) sont rarement repérés mais conduisent inéluctablement à une situation radicalisée et tendue parce qu’ils ne sont pas « acceptés ». Pendant des décennies, nous avons subi une véritable tyrannie médiatique où l’agressivité, la déstabilisation étaient le sport favori de nos intervieweurs.
« Les gueulards » ont même fait école et la presse française, au lieu de rester irrévérencieuse, est seulement devenue mal élevée. Interrompant sans arrêt l’interviewé, houspillant les moins bons clients, l’interview à la française devenait un jeu de massacre dont nous nous sommes enfin lassés.

Pourquoi ? Peut-être parce qu’en même temps nous avions l’occasion de découvrir que certains journalistes étaient serviles et dévoués aux puissants et pas seulement politiques. Il a suffi de bien parler, d’être bien « média trainé » pour que le combat inégal redevienne intéressant, le « soutien » des auditeurs ou téléspectateur ayant changé de «camp».
Si la presse audiovisuelle donnait le ton, on ne savait plus très bien de « quelle place » elle s’exprimait.
Etait-il journaliste ? Animatrice ? L’intervieweur en mélangeant les genres, perdait peu à peu sa crédibilité. De plus le constat affligeant des mêmes erreurs – anticipation des connaissances, interprétation de faits, non vérification des informations et course à l’instantanéité – devait avoir raison de notre confiance.
Enfin, sans réfléchir à son handicap institutionnel, la presse se pose en victime – « Encore la faute des média » ?
Et bien oui ! Quand on allie l’incompétence à l’arrogance, il ne faut pas s’étonner d’être sanctionné. On a toujours l’image qu’on mérite.

Mais bien entendu, cette perte de capital confiance, ce statut d’éclaireur au profit de celui de manipulateur obséquieux s’accompagnent d’une évolution nauséabonde.
Pour « plaire » on évince ceux qui déplaisent.
Dans cette lutte de pouvoir et de rapport de force, c’est la liberté la grande perdante. Cette valeur fondamentale, à laquelle une presse ne peut prétendre que si elle évite les compromissions, ou apprend à gérer son « succès », n’a plus de contenu, de sens dans nos média.

Mais il y a pire… Plusieurs rédacteurs, dit-on, ont été limogés.
L’amoureux du solex en est l’exemple le plus emblématique, mais d’autres ont suivi, nous rapportent quelques rares « brèves ».

Et que croyez-vous qu’il arriva ? Rien !

Nous ne sommes plus assez attachés et respectueux des «plumes» pour descendre dans la rue et crier à la démocratie qu’on bâillonne. Pourtant, tous les régimes totalitaires commencent ainsi, mais encore faut-il une presse, une vraie pour nous le rappeler.

Un commentaire pour “Taisez-vous… la presse !”

  1. Olivier dit :

    Même si la presse est loin d’être exempte de tout défaut, il est un peu caricatural de tout lui mettre sur le dos dès lors que quelque chose ne va pas. Ce procès d’intention n’est toutefois pas nouveau. Déjà lors de l’affaire Stavisky en 1933, des voix rageuses s’élevaient contre une presse corrompu à la botte du pouvoir. C’est tout le dilemne éternel qu’affronte la presse dès qu’elle s’efforce de faire son travail d’information dans une société où le pouvoir de l’argent prime plus que tout. Demandez-donc à Jean-François Kahn de narrer les mésaventures successives lorsqu’il a fondé Marianne, un hebdomadaire qui se veut justement éclaireur …
    Certes, il y a des collusions regrettables, des journaux plus affidés que d’autres mais aujourd’hui, force est de reconnaître qu’il existe de nombreuses sources d’information accessibles. Il suffit d’un peu de volonté et d’effort pour que le citoyen lambda puisse avoir une vision plus détaillée et crédible que celle qu’on lui sert à 20 h 00 sur TF1 par exemple !
    Ce n’est pas en tapant éternellement sur les journalistes (lesquels ont de moins en moins les moyens de faire proprement leur job à leur grand dam) qu’on résoudra le baîllonnement progressif de la libre expression.
    Commençons par interdire les prises d’intérêt de grands groupes vivant des commandes de l’Etat dans les media et déjà un grand pas vers plus d’autonomie et de liberté d’informer sera accompli !

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