Acceptabilité du risque

Le Matin, journal emblématique d’Haïti avait fait paraître en septembre 2008, un article de Phoenix Delacroix  http://www.lematinhaiti.com/Article.asp?ID=14646 titré « HAÏTI : MENACE DE CATASTROPHE NATURELLE / Risque sismique élevé sur Port-au-Prince ». En effet pour Patrick Charles, géologue et ancien professeur à l’Institut de Géologie appliquée de la Havane, interviewé par le Matin  « Toutes les conditions sont réunies pour qu’un séisme majeur se produise à Port-au-Prince. Les habitants de la capitale haïtienne doivent se préparer à ce scénario qui finira, tôt ou tard, par arriver ». Et ce professeur de 65 ans tache de convaincre ses interlocuteurs.

Pour lui en effet le danger est imminent  car « Une grande catastrophe plane sur notre tête » Il poursuit « Port-au-Prince est construite sur une grande faille qui part de Pétion-Ville, traverse toute la presqu’île du Sud, pour aboutir à Tiburon. En 1751 et en 1771, cette ville a été complètement détruite par un séisme. Je parie mes yeux que cela se reproduira. La science peut aisément le confirmer »

Le responsable du Bureau des Mines et de l’Energie confirme les propos du géologue, en effet pour lui aussi « Durant deux siècles, aucun séisme majeur n’a été enregistré dans la capitale haïtienne. La quantité d’énergie accumulée entre les failles nous fait courir le risque d’un séisme de 7,2 d’amplitude sur l’échelle de Richter. Mieux vaut ne pas en parler, il ne faut pas paniquer. Mais ce serait une catastrophe » Le Matin conclut son papier en citant encore une fois le géologue  Patrick Charles. « Les autorités sont obligés de prendre des mesures ponctuelles quoique impopulaires pour protéger certaines zones. Le bilan du passage des trois derniers cyclones sur Haïti interpelle notre conscience. Nous vivons une période très difficile et nous devons agir. Le compte à rebours a commencé. La nature nous demande des comptes. Il faut agir pour sauver ce qui peut encore l’tre ». Hélas il n’aura pas eu le temps suffisant pour  convaincre. Des facteurs aggravants pouvaient faire prendre conscience de l’ampleur des dégâts si un
séisme venait à se produire sur Haïti. En effet un Rapport National du ministère de l’intérieur de la République d’Haïti de janvier 2005 http://www.unisdr.org/eng/country-inform/reports/Haiti-report.pdf  souligne en particulier qu’ « Il n’existe pas en Haïti de code, ni de normes nationales de construction en matière de risques sismiques. » Pourtant « Le Ministère des travaux Publique transport et communication (TPTC) a récemment fait l’effort de compiler un « Recueil de textes de lois réglementant les constructions et l’occupation de l’espace physique sur l’ensemble du territoire national » Mais les difficultés pour faire respecter la loi sont nombreuses peut-on découvrir dans ce rapport. En particulier parce qu’ « Un grand nombre de constructions ne sont pas réalisés par un ingénieur » que les responsabilités sont diluées entre les Mairies (délivrance des autorisations de construire) et les TPTC (avis technique) [.] et en outre « Il n’y a quasiment pas d’actions coercitives pour obliger le respect des lois. »

Mais une fois que l’on a dit ça, que peut-on faire pour modifier les comportements face au risque ? Dans notre pays où nous avons la chance de ne pas connaitre le dénuement extrême de la population haïtienne, on oscille entre la sous-réaction (Canicule en 2003)  et la sur-réaction (virus H5N1) avec l’épée de Damoclès qui se balance au dessus de la tête, tenue par le crin du principe de précaution. Que n’aurait-on pas dit si nos dirigeants n’avaient pas pris en compte les alertes et que le virus H1N1 pdm avait décimé la population comme nous le promettaient les experts de l’OMS. Les prochaines campagnes de santé publique en France devraient pondérer la propension qu’ont
nos dirigeants à vouloir gérer contre l’avis  de la population. Il convient alors de fixer les enjeux de la gestion et de les communiquer (et non simplement se contenter d’informer sur le potentiel catastrophique du virus).  Ainsi personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Une limite tout de même ;  lorsque l’on évoque la santé publique, il s’agit de la santé du plus grand nombre même si cela se fait au détriment de quelques uns. Cela suppose de calculer  le rapport bénéfice/risques. Il est vrai que pour un individu donné, les statistiques  sont toujours trompeuses car duales. En effet qu’il ait un effet secondaire, ce sera pour lui 100%, alors que ce
sera 0% s’il n’en souffre pas.  En l’occurrence pour la grippe H1N1, il est aujourd’hui admis que les bénéfices sont bien supérieurs aux risques même si les sceptiques pourront toujours craindre les effets secondaires à moyen et long terme. A l’heure actuelle on comptabilise  258 décès depuis le début de
l’épidémie et 155 personnes sont toujours en réanimation. Les effets secondaires des vaccins sont détaillés dans le dernier bulletin de pharmacovigilance sur le site de l’Afssaps http://www.afssaps.fr/ , le 14 janvier dernier,  avec cette conclusion : « L’analyse de l’ensemble des signalements portés à la connaissance de l’Afssaps à la date du 10 janvier 2010 ne remet pas en cause la balance bénéfice-risque des vaccins grippaux PANDEMRIX, PANENZA, CELVAPAN et FOCETRIA. »

Nous avons eu largement  les moyens de nous protéger mais  qu’aurions nous dit si par malheur le virus avait été responsable de 30 000 morts comme il en a été un moment question et que les vaccins n’aient pas été disponibles ? En Haïti quelques uns savaient et n’ont rien pu faire !

Un commentaire pour “Acceptabilité du risque”

  1. PM dit :

    Je suis d’accord avec cette analyse. Mais, comme je le notais dans un billet récent sur mon blog (le samedi 16 janvier 2010 : Haiti : la communauté internationale était-elle préparée ?) peut-on reprocher à un pays “failli” (failing state) de ne pas avoir les moyens de respecter des normes sismiques.
    Ce qui est moins tolérable, c’est que les pays occidentaux se soient installés dans des bâtiments vulnérables.
    Enfin, ce débat doit être éclairé par le séisme italien de l’AQUILA (6 avril 2009), sur lequel j’avais également écrit un billet et, qui, a contrario, représente un non respect des normes par un pays qui en a pourtant les moyens…

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