En experdition…

L’annonce de la fin de l’épidémie (quoique…) s’accompagne de la polémique inévitable que nous avions annoncé dès notre analyse du plan de lutte contre la pandémie de grippe H1N1. Il serait inutile de rappeler sur ce blog que nous avions pointé « l’erreur diagnostique, stratégique et organisationnelle » de cette folle « mobilisation » parce que nous n’avons pas envie de rejoindre le concert de ceux qui racontent le film quand tout le monde en connaît la fin et parce que l’analyse de notre blog montrant la fidélité de ceux qui le consultent (ce dont nous les remercions)…  ils le savent déjà !
Il nous a semblé intéressant en revanche - et pour ceux qui nous découvrent - de rappeler comment nous avions posé notre diagnostic et tenté notre prévision qui pour certains demeurent une prédiction aléatoire mais chanceuse.

En fait, la cindynique n’est pas un pari mais une approche besogneuse. La démarche s’inscrit toujours dans le temps et la « filiation » des crises.
La crise est une systémique monstrueuse qui se nourrit des épisodes d’urgence et des opportunités ratées. Tenter de tirer un enseignement de H1N1 n’a pas de sens car la crise de la pandémie du siècle, le fiasco Bachelot, ou tout autre intitulé, n’est que la résultante des crises précédentes.
H1N1 est la fille du délire H5N1, lui -même enfant de la canicule, elle, héritière de la vache folle, engendrée par le séisme de l’affaire du sang contaminé.
Pour le comprendre, un peu d’histoire, de réveil de notre mémoire et de rappel des faits.

Les crises naissent de notre incapacité  à remettre en cause nos schémas mentaux et nos a priori.
L’impossibilité pour beaucoup d’entre nous  de concevoir et accepter que des évènements peuvent échapper aux connaissances acquises qui ont engendré des systèmes de pensée et d’action.
Le postulat de départ est que certains « savoirs » confèrent un statut d’expert. L’expert n’est plus cet insatisfait curieux, au doute méthodique et qui se remet en question, il est devenu un omniscient arrogant à qui rien, ni personne, ne peut être utile parce qu’il n’a plus rien à apprendre.
Il sait, par exemple, que le séropositif des années 80 est « un porteur sain » puisqu’il présente la séroconversion » VIH !
Il déclare « hérétique » l’association de plusieurs médicaments de même classe parce que cela n’améliore pas l’efficacité des traitements mais développe le risque d’effets secondaires délétères.
Il rassure d’un haussement d’épaule et d’un regard levé au ciel, les carnivores, puisque la barrière d’espèces « infranchissable » protège l’homme des zoonoses.
Il se mobilise sur la légionellose à Montpellier (un mort) et ne pense pas qu’il y ait de risque particulier à passer un été chaud, sauf si l’on est poly-médicamenté…
Il adopte une hypothèse heuristique concernant la menace d’un virus aviaire et recommande de bien faire cuire son poulet à défaut de respirer ses plumes… pendant qu’un moustique fait courber l’échine de nombre de nos compatriotes à la Réunion.
Enfin, il décrète la pandémie du siècle, véhiculée par un virus étrangement peu virulent sur le terrain, probablement parce qu’il prit peur à la connaissance du « plan » qui devait l’éradiquer et aux doses de vaccins qui devaient le neutraliser…

Alors inutile de les acheter ces experts, seuls ils anticipent les connaissances, se précipitent à la communication. D’autres, les «mêmes », viendront parfois ricaner des erreurs en jurant que s’ils avaient été les experts « élus », eux, ne se seraient pas trompés.
Quand on est expert, on est forcément le meilleur et si ce n’est pas lui, c’est donc son frère.

Alors tant que les décideurs ne feront pas appel aux cindynistes et à leur scénarisation, chacun des experts viendra témoigner de son modèle, sa conviction, ses certitudes… c’est ainsi que vont les crises :
chercher une cohérence explicative à ce qui demeure inacceptable voire inexcusable… jusqu’au délire du complot ou du procès à charge.

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