Gestion de crise : Réussite ou échec ?
A quoi, à qui et comment attribuer le succès ou l’insuccès de la conduite d’une situation de crise ? Quels sont les critères d’évaluation ? A qui donner « quitus », pour qui et pour combien de temps est-ce une réussite ou un échec ? « Sort-on de crise » quand les média n’en parlent plus ? Sort-on indemne d’une crise… et qui s’en préoccupe ? « La com’ de crise » suffira t-elle toujours ?
Cette science des questions est agaçante, j’en conviens, mais la cyndinique accompagne les gestionnaires de crise jusqu’à l’évaluation de l’impact de l’évènement et pas seulement sur le plan économique. Mais le suivi d’une situation de crise n’intéresse plus les média et le retour d’expérience, peu de professionnels. Alors, les mêmes causes engendrent les mêmes effets et les crises sont de plus en plus récurrentes et profondes. Pour mesurer l’impact d’une crise, il faut « écouter » le milieu, c’est-à-dire, les acteurs qui l’ont subie en amont comme en aval.
Le SRAS a souvent été présenté comme un modèle de gestion, pourtant nombre d’habitants de « China Town » ont fort peu goûté le fait d’avoir vu se transformer le 13ème arrondissement en « Cité Interdite » pendant des semaines…
Si les média félicitent un Ministre d’avoir terrassé le chikungunya, nombre de Réunionnais ont trouvé cela un peu long et très douloureux. Eux se demandent encore comment et pourquoi un moustique – même tigre – a pu faire autant de victimes avant de disparaître dans l’indifférence métropolitaine…
La « chance » est un facteur à prendre en compte dans la gestion d’une crise et si en 2003 la malchance nous a donné un été caniculaire, 2007 nous a offert le plus pourri…
Le suicide, à la Une des journaux dans l’industrie, comme l’issue fatale aux cadences infernales et à l’absence de dialogue, apparaît plus complexe dans l’agriculture et certainement la somme de facteurs dont l’un ne peut, à lui seul, déclencher le passage à l’acte…
Pourtant, à ne considérer que ces quelques grandes convulsions médiatiques, on s’aperçoit que l’on ne sait plus rien de tout cela. Sans doute sommes-nous passés à autre chose en attendant de nous « remobiliser » sur ces dossiers brûlants qui ne pourront que se ré embraser tôt ou tard.
Aurons-nous progressé ? Serons-nous mieux préparés ? Les acteurs seront-ils les mêmes ? Les discours évolueront-ils ? Nos perceptions auront-elles changé ?
Ainsi, H5N1 s’exprime toujours dans la même dualité d’affrontement de deux modes d’élevage. Celui qui apparaît comme le plus naturel, le meilleur garant de la qualité produit et du bien-être animal, s’avère le plus vulnérable. La fièvre aphteuse, que l’on appelait la fièvre des pâturages, semble aussi plus se propager dans les élevages extensifs.
Les « choses », les « évènements » ne sont donc pas aussi simplistes que le « pour ou contre » semblerait l’indiquer.
On peut respecter les animaux mais exiger une protection de son alimentation. Il convient donc de différencier une représentation mentale, voire une idéologie, de la réalité infectieuse. Seulement voilà dans l’immédiateté de l’information et la pression de consommation, les raccourcis ponctuels sont efficaces et l’imaginaire redoutable.
Reste que la société civile réfléchit, s’interroge et qu’un jour il faudra bien lui donner d’indispensables réponses.
