L’engrenage de la crise
L’épidémie est terminée, mais la polémique démarre et je n’ose même pas dire que je vous avais prévenus - chers bloggeurs - et que je l’avais écrit. Non, parce que c’est ce que vous allez entendre et lire pendant un bon moment et par ceux-là mêmes qui nous ont alarmés, rassurés, conditionnés, informés, désinformés…
Il est vrai que la meilleure défense est l’attaque, alors ils ne se privent pas !
Ainsi voit-on se profiler la logique d’affrontement politique, Bachelotistes versus anti-Bachelot. Au-delà du jeu de l’opposition, la « démission » de notre Ministre de la santé ne résoudrait - en rien - la nécessité de mettre en œuvre une politique de gouvernance de risques pour gérer les crises sanitaires et mieux anticiper les enjeux de santé publique.
Mais ce qui est consternant c’est notre constante arrogance à reproduire les mêmes causes qui engendrent les mêmes effets c’est-à-dire les crises, dont le modèle s’impose avec une régularité de métronome.
Entre la susceptibilité des experts « brevetés SGDG », ceux qu’on présente comme les VRP de l’industrie pharmaceutique, les profiteurs de tout - y compris de « mythes et complots » - les experts « récusés », vengeurs à peine masqués, qui expliquent dans leurs livres que si on les avait choisis on en serait pas là, les journalistes qui se défaussent sur ces alarmes officielles, y compris de l’OMS, et enfin les humoristes qui finalement restent les seuls porte voix de la société civile… C’est le REX à la française !
Nombre de politiques, chargés de la santé dans les différents partis, s’opposent de compliments en critiques tout aussi dithyrambiques qu’inutiles puisque nous ne trouvons ni d’analyse de compréhension, ni d’évaluation et de confession de fautes pas même de reconnaissance d’erreurs.
Certains média toujours plus rapides redécouvrent quelques intelligences qui nous ont tant manqué, comme l’interview de F. Ewald dans le Monde, pendant que d’autres donneurs de leçons épinglent leurs confrères.
Alors, vous allez lire que bien entendu tout ceci vient d’une crise de confiance, sans pour autant nous permettre de comprendre cette rupture et surtout sans rien proposer pour la restaurer.
La France est ce pays merveilleux où lorsqu’on réussit, le concert de louanges se conclut en un sec « il aurait plus manqué que cela se passe mal, ou alors, ben quoi sont payés ou élus pour ça non ? » et lorsque cela ne fonctionne pas la conclusion, aussi simpliste, demeure « mais si on nous avait écoutés, ou si on avait été à la manœuvre, on en serait pas là ! »
A nous citoyens de nous contenter de cela. Mauvaise pioche, car ceux qui ont « raté » la canicule - par exemple - nous explique qu’on n’a pas assez débattu démocratiquement des enjeux de la gestion de la pandémie et que c’est pour cela qu’on a échoué ? ?
Enfin, tous se réunissent sur ce constat indigent et figé « Ah depuis le sang contaminé, les Français ont perdu confiance dans le système et leurs décideurs » Ah oui et pourquoi ?
Il ne suffit pas d’asséner quelques vérités pour faire comprendre, et de « décréter » qu’il faut de la confiance, et qu’elle repose sur la transparence, car nous ajoutons, nous, bien volontiers qu’il n’y a pas de transparence sans loyauté.
De plus, les mots se vident de plus en plus de leur sens pour être totalement dévoyés. Ainsi le terme juridique de démocratie sanitaire fut instauré à la réalisation d’un véritable « gouvernement de la santé » dès la décision de l’accréditation des associations pour représenter les usagers.
Celà devient une exigence de dialogue entre tous ! Certes, mais en démocratie, il ne devrait pas être tolérable de dire et de relayer n’importe quelle ânerie ou contre vérité. Sans hiérarchie de la compétence, la parole risque bien d’insécuriser des individus déjà complètement perdus et sursaturés d’informations.
Les démocraties s’honorent par le respect de ceux qui doivent être éduqués et éclairés, sinon c’est de la manipulation et pas le même régime !
Enfin, reste qu’il est pénible de tous les entendre parler pour et à la place de la société civile qui, à mon avis, aurait bien des choses à exprimer.
Il serait temps de « maîtriser » la communication par un renoncement salutaire à l’instantanéité qui induit le système de la surenchère. En effet, il est frappant de constater qu’après les flambées médiatiques, les scoops non vérifiés et les déclarations tonitruantes, s’expriment quelques voix de la raison et de la pédagogie.
Aurions- nous cette étrange fascination de la crise, de la communication et ce besoin de tout amplifier pour sombrer dans la passion des débats.
Débat, notion assez élastique puisque pour beaucoup on entend que « Madame Michu » - expression méprisante et insupportable - a le droit de tout savoir et de tout dire parce que « c’est ça la démocratie » mais qu’en même temps on lui dénie ce doit sur d’autres sujets.
Souvent sur ce blog, nous avons évoqué les porteurs d’enjeux et il est clair que la communication dans ce pays évolue de plus en plus vers la conduite d’arguments idéologiques et non sur le dialogue.
Mais encore faut-il là aussi s’entendre sur les définitions. Il convient de bien distinguer le fait de dialoguer et de discuter. « Taper la discute » ne signifie rien d’autre que d’assurer ses idées dans une compétition où chacun cherche à écraser l’autre.
Pour savoir dialoguer, il faut apprendre à débusquer nos propres représentations du monde, les faire émerger, les soumettre à une critique en règle, pour échanger. Il faudrait alors un peu d’humilité et garder l’équilibre entre le sens critique et la conviction personnelle, en le faisant avec des personnes qui acceptent de révéler leurs vraies pensées et leurs authentiques motivations afin de les soumettre à l’influence des autres pour adopter une vision commune partagée. Ceci s’apparente à notre exigence de transparence et de loyauté puisque cela éviterait que certains nous proposent LEUR « sentiment » comme LA « vérité », ou pis encore, les données de la science !
Ainsi c’est « écrit », l’histoire de la pandémie H1N1 à grand renfort de croyances, de prédictions que seuls maintenant l’étude des données et le repérage des erreurs devraient pouvoir réécrire.
Car le passé sert à éclairer l’avenir et après H5N1 et H1N1, d’autres virus s’apprêtent à tester notre capacité à apprendre… Hélas !

janvier 16th, 2010 à 18:35
Souhaiton que la future commission d’enquête parlementaire aille au bout de l’analyse et que ses recommandations soient suivies pour mieux gérer les futures crises.
PM
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