Mourir d’acné…

Qu’est-ce qui rend légitime et médicalement éthique la prescription d’un médicament contre « quelque chose » qui n’est pas une maladie ? La plainte de patients, « l’obligation sociale », la médicalisation des maux de notre société… plus que le marketing pharmaceutique !

L’exigence de sécurité totale est illusoire mais elle est particulièrement délétère quand elle veut s’appliquer aux médicaments. En dehors de la mauvaise foi des tenants des logiques d’affrontement des différents « camps », il convient de dénoncer l’exploitation de drames humains à des fins d’ambitions personnelles, d’idéologies ou de combats juridiques et procéduraux.

Pourtant ce qui demeure est la confusion entre pharmacovigilance et Plan de Gestion de Risques au moment où la catastrophe survient avec son cortège de réflexions et de questionnements : Comment est-ce possible, comment en est-on arrivé là ?
Ainsi sont vécus les effets secondaires graves, les accidents iatrogènes et en particulier le plus émotionnel et interpelant d’entre tous : le suicide.

Hier, le titre du Parisien « l’adolescent se suicide après un traitement contre l’acné » met mal à l’aise et franchement en colère. Comment diable risquer sa vie, se faire acculer au désir de mort par un produit contre quatre boutons sur la figure ? Et rapidement la question devient obscène tant le « décalage » entre le bénéfice et le risque semble monstrueux, tant la sanction définitive de la mort est inacceptable au regard du risque encouru. Il était jeune, heureux de vivre, tout allait bien et sa peau d’adolescent en pleine puberté ne l’empêchait pas d’aimer Margot et elle de l’aimer ! Alors, pourquoi n’a-t-on pas su pour éviter l’horreur et anticiper ce mal-être possible et inhérent à la prise de ce médicament…  redoutable !

Ce silence assourdissant, qui cache le véritable complot de ceux qui savaient et n’ont rien voulu dire, ressemble de plus en plus, sous la plume des média, à un « crime » de santé publique puisqu’on va bientôt découvrir que le risque était connu et de nombreux cas enregistrés aux USA !
Nous ne le répéterons jamais assez, le médicament n’est pas un produit anodin mais une substance chimiquement active dont l’évaluation du bénéfice, au regard du risque initial, qu’est la pathologie, demeure en faveur de celui-ci.
La prescription doit s’appuyer sur une vigilance constante et être une gestion d’anticipation d’une crise éventuelle par la maîtrise du potentiel de risques inhérent à l’activité intrinsèque du produit.

Est-il justifié, légitime et médicalement éthique de prescrire des produits dangereux quand l’enjeu est aussi dérisoire qu’un bouton sur le nez ? L’acné peut être une pathologie invalidante et le petit bouton juvénile se transformer en masque de pustules purulentes douloureusement vécues par les adolescents ou adultes atteints de ces kératoses.

Qui peut s’arroger le droit de distribuer l’accès aux thérapeutiques aux uns ou aux autres ?
Il convient alors d’éclairer le processus décisionnel du médecin et l’acceptabilité du patient. Diffuser n’est pas communiquer et il faudra bien s’intéresser à ces communications indigentes qui font le lit des crises.
Mais il ya aussi la communication institutionnalisée, formatée, « cataloguée » où rien n’émerge d’un tout qui - impossible pour soi et bon pour les autres seulement – reste « conforme à la loi ». Chacun revendique sa transparence et sa conformité. L’agence valide des études et contrôle l’AMM, le laboratoire, confirmant ses responsabilités, égraine, dans sa notice, tout effet indésirable pouvant survenir.
Ceci étant fait, plutôt sous la « contrainte »légale, que dans la compréhension de l’intérêt d’une démarche en management de risques. Pourtant ce qui sous-tend ces exigences bien légitimes est la pharmacovigilance véritable source d’alertes, après mise au marché de tous les médicaments. Le patient se « plaint » ou interroge, le médecin constate et notifie. Ainsi l’approche stratégique du risque est pleinement réussie puisqu’on détermine que x% pourront avoir des maux de têtes et x autres des réactions allergiques cutanées, sous l’expression de « profil de tolérance ».

Seulement voilà… ça c’est une condition nécessaire mais pas suffisante pour optimiser la sécurité des médicaments. ON « exige » donc le plan gestion des risques (PGR)… Enfin ! Repérer, alerter, veiller pour que le patient reconnaisse, s’approprie et se responsabilise en acceptant, ou pas, sa propre prise de risque au regard du choix thérapeutique et de la prescription (qui demeure sa liberté d’acceptation, ou au moins, de discussion avec son thérapeute).
Seulement voilà… sans formation en cindynique des acteurs du risque et en l’absence de la sensibilisation de la population à l’acceptabilité sociale des risques…. C’est un management technique et théorique.
Chacun fait en fonction de la loi, de ses impératifs, et des exigences des minorités conquérantes, sans se rendre compte de ce que chacun pourrait échanger pour s’épargner.
Aucune loi ne remplace la conscience mais aucune class action ne nous rendra ce que le handicap ou la mort nous aura ravi.

Ainsi, le risque particulièrement identifié, et sur lequel tout le monde fut mobilisé, était le risque de grossesse quant à la prescription d’une isotretinoïne. La bonne question est de s’interroger sur la révélation des enjeux, des autres risques, quand on appartient aux 50 autres % de la population qui ne sont pas concernés par la grossesse.
Enfin, le suicide est une situation multifactorielle en échappement, sous la pression d’un facteur déclencheur mais qui ne peut tout expliquer à lui seul.

Il faudra bien un jour s’attaquer à la complexité de la gouvernance des risques pour que les drames qui pourraient être évités le soient.
Reste qu’il faudrait arrêter de vouloir trouver des responsables et des coupables, des acteurs solvables, pour s’intéresser aux dysfonctionnement qui conduisent aux catastrophes. Les risques ne sont pas des éléments exclusivement scientifiques et techniques mais aussi des perceptions inhérentes à notre imaginaire et notre culture.

La psychosociologie des risques doit intervenir dans l’approche du Management des risques à moins de se condamner aux crises.

 

 

Un commentaire pour “Mourir d’acné…”

  1. Hélène PREVERAL dit :

    Encore une fois l’analyse montre combien il est urgent de remettre en question nos shémas de pensée pour pouvoir agir autrement. Pour faire plus vite ou plus simple nous donnons dans le tout technique, ou le tout scientifique et pardfois dans le tout psychlogique … mais la réponse est au delà de la frontière imaginaire entre ces différents domaines. Comme il est difficile de dépasser ce trait …

Laisser un commentaire