Victime et acteur de crise
La crise est partout, elle est notre quotidien et c’est épuisant. Elle se nourrit du désir de conquête de tous les pouvoirs. Ainsi, elle fait dire à certains qu’elle « arrange » nombre d’acteurs à commencer par les média. Elle s’entretient, en effet, de sa meilleure alliée, la « com’ de crise ». C’est pourquoi, en maintenant à la fois l’immédiateté, l’instantanéité de l’information qui « tombe » et est relayée – parfois sans vérification - par tous au même moment, chacun alimente le phénomène. Il faut faire court, et toute la complexité et les nuances qui pourraient ouvrir un dialogue sont remplacés par la discussion – véritable caricature de la conversation – où l’objectif est de prendre l’ascendant sur l’autre quelque soit l’intérêt, la compétence et la vérité. Les experts ne sont plus interrogés pour faire comprendre, ils sont pressés de se justifier.
Tous les avis sont bons à prendre pour alimenter des polémiques stériles puisque la recherche est celle de la dualité qui fait obligatoirement la logique d’affrontement et cette dernière la systémique de crises.
On doit ainsi se déterminer on est pour ou contre, d’accord, pas d’accord et l’important est de « flinguer » l’adversaire. Cette maladie qui atteint même les éditorialistes, les amuseurs, se transforme en règlement de compte par auditeurs ou spectateurs interposés, otages de cette surexcitation du « succès ». Car pour faire de l’audimat, pour sortir de l’anonymat, il convient d’être grossier au pis, outrancier au moins.
Les média ne sont pas des « éducateurs », on s’en aperçoit, mais le modèle auquel ils participent, comme les « penseurs » invités, envoient de bien curieux messages « subliminaux ». Il faut être « bling bling » pour être invités aux « débats », contester sans argument et rallier sur l’idéologie ou son point de vue à partir de valeurs éminemment émotionnelles voire morales. On distribue ensuite les bons et les mauvais points, organise les clans de bons et des méchants et pendant que l’on s’occupe de ces « crêtes de vagues », personne ne gère les tempêtes.
On ne peut vouloir « gérer » une crise sans en révéler les enjeux, en définir les différentes options possibles et en présenter un plan légitime de contrôle.
On s’invective, on se vexe, on bataille ou on « sort de scène », dès lors que l’on n’a pas raison. On manipule l’accès à la parole par des déclarations fracassantes de certains qui interpellent les autres n’ayant plus qu’une envie celle de contredire ce qui vient d’être dit plutôt que de traiter du sujet.
Tout se brouille, se décrébilise et s’évanouit dans un curieux sentiment d’inéluctable voir de fatalité. Des sondages crétins confirment des pourcentages de réponses idiotes. Pourtant, les études peuvent être passionnantes et révélatrices dès lors qu’on ne poursuit pas l’objectif de leur faire dire ce que l’on voudrait bien qu’elles disent puisque c’est ce que l’on pense !
La frénésie d’actions, l’hystérie du mouvement et du brassage d’air condamnent la réflexion comme principe d’inaction. On assiste, alors, à la valse hésitation un pas en avant, trois pas en arrière. Pendant que des « modèles » mythiques – proposés puis imposés par les média et autres leaders d’opinion – engagent une reconstruction, dialoguent et recréent un espoir, nous, nous poursuivons nos assauts sanguins et inutiles. La crise est devenue un enjeu de pouvoir et un moyen de se faire entendre.
Elle tient les rênes et nous conduit très exactement là où elle doit nous conduire, parce que c’est sa nature, son identité même : à l’incompréhension. Cette dernière peut alors décliner son cortège de haine, de violence et d’erreurs stratégiques profondes et irréversibles.
Notre société est en crise parce que ses représentants sont arrogants et mal élevés. Leurs conseils d’écoute et de respect sont bons exclusivement pour les autres. Chacun se tenant par la barbichette, le système, le microcosme pipolisé se verrouille et nous assistons impuissants à ce jeu de massacre.
C’est sans doute pour cela que les français aiment tant les blogs… Dialoguer trouver de l’intelligence et de la connaissance sur des sites et se les échanger, se protéger des diktats de toute sorte et même s’engueuler. Et même si parfois c’est trop et que nous avons du mal à hiérarchiser, à trier le bon grain de l’ivraie… nous avons le sentiment de pouvoir et oser dire ASSEZ !
C’est drôle d’ailleurs, je n’ai jamais vu dans toutes les études d’opinion et donc sur « nous » une évaluation de la « crédibilité » des sources d’information et d’expertise.
Dans nos études, il y a une constante quand on demande à nos « interviewés » en qui ils ont le plus confiance au regard de l’information délivrée dans le cadre d’une gestion de crise… Les politiques et les média sont en avant dernière et dernière place !
Dommage que nous ne puissions demander à ces pouvoirs, à l’intimité dangereuse, « alors, contents ou pas contents ? »
