Gestion des risques, cette inconnue…
Deux pleines pages dans Le Monde du 26 juin, sur les accidents de radiothérapie, révèlent des comportements d’un autre monde. A l’époque où la qualité des soins est le leitmotiv de toutes les structures hospitalières, la multiplication des accidents pose encore une fois le problème du management de risques trop souvent ignoré. En effet, « défauts d’appareils, erreurs humaines et manque de spécialistes » caractérisent les incidents et accidents que la presse a révélés, une série de dysfonctionnements qui conduit à la crise.
L’image de la performance hospitalière, des plateaux techniques et des spécialistes de renom s’écroule brusquement pour laisser la place à des appareillages qui dysfonctionnent, à la carence des hommes. La médecine que l’on croyait toute puissante est tenue en échec.
Ce qui semble incompréhensible c’est le comportement des médecins et de l’administration hospitalière symbolisé par ces témoignages relevés par le quotidien : « L’erreur on peut la comprendre, même la pardonner, mais ce qui est inadmissible, c’est que rien n’a été fait pour soigner mon père. L’hôpital savait mais ne lui a donné aucune chance de s’en sortir ». L’inaction et le silence, aveux de culpabilité qui accompagnent bien trop souvent les accidents deviennent insupportables mais bien plus encore pour ce patient puisque « c’est en lisant la presse qu’il a compris qu’il avait été surirradié ». Ce silence, mensonge par omission, devient la pire des sanctions quand, déjà fragilisés par la maladie, les patients comprennent qu’on les a ignorés. Conscients qu’on leur a fait prendre des risques, ils s’interrogent sur la responsabilité de ceux qui les leur ont fait prendre.
Qu’est ce qui pourrait rassurer les malades ? Certainement pas les paroles du docteur Simon de la Pitié Salpêtrière citées en conclusion de l’article du Monde : « Il ne faut pas que les patients aient peur, dit-il, car il s’agit d’un traitement utile et nécessaire. » En effet, il a raison sur le fond, mais dans les paroles de cet éminent spécialiste qu’est ce qui peut rassurer ? Quelles sont les garanties que l’appareil ne va pas dysfonctionner, ou que le personnel ne va pas disjoncter ? Rien dans ses propos ne permet de le croire. La confiance ne se décrète pas…Elle se gagne pas à pas et ce ne sont pas des déclarations péremptoires qui vont permettre de la regagner. Si l’on en juge par ce papier, il est extrêmement urgent d’apprendre à communiquer aux malades en témoignant avec humilité un minimum d’empathie !
Les solutions appartiennent donc au domaine de la prévention. Il est impératif de faire rentrer la gouvernance des risques dans la culture des établissements de soins, ce que ne semblent pas garantir les certifications multiples et variées.
Nous ne pouvons plus avoir le choix entre une absence et une illusion de sécurité qui émousse la vigilance des personnels soignants.
La remise en cause des comportements, qui initie les véritables stratégies de changement, n’est pas encore à l’ordre du jour.
