La fête mortelle
Les forains sont des gens formidables. Pourtant de temps en temps ils flirtent avec le mauvais gout et arrivent même, quelquefois, à le dépasser comme pour cette attraction où l’on découvre un mannequin sur une chaise électrique dans une parodie d’exécution capitale.
Le mannequin, plus vrai que nature, crie, se débat alors que de la fumée s’échappe de ses chaussures. Sa tête tombe sur le coté mimant la mort. Marcel Campion, le chef fort en gueule des forains, trouve cette « attraction » parfaitement légitime dans une fête à Neu Neu, et ce d’autant plus qu’il faut rentabiliser les 7000 euros qu’a couté la machine. La mort n’a pourtant rien d’une fête. Notre forain aurait dû lire « les derniers jours d’un condamné » de Victor Hugo avant de défendre l’indéfendable :
« Condamné à mort ! dit la foule ; et, tandis qu’on m’emmenait, tout ce peuple se rua sur mes pas avec le fracas d’un édifice qui se démolit. Moi, je marchais, ivre et stupéfait. Une révolution venait de se faire en moi. Jusqu’à l’arrêt de mort, je m’étais senti respirer, palpiter vivre dans le même milieu que les autres hommes ; maintenant je distinguais clairement comme une clôture entre le monde et moi. […] Oh ! L’horrible peuple avec ses cris d’hyène. »
