Rumeur et calomnie un phénix à la Une !

Il faut toujours beaucoup de courage et d’humilité pour reconnaître ses erreurs. Parfois, les plus prompts à encourager aux analyses, aux « autopsies » des cas, au retour d’expérience sont les derniers à s’astreindre à cet exercice. Pourtant les mêmes causes engendrent les mêmes effets et il est urgent de « débriefer » pour éviter que cela ne se reproduise !

« Mais c’est déjà fait ! » rappelait Laid Sammari - journaliste à l’Est Républicain - dans l’excellente émission de Nicolas Poincaré « On refait le monde » sur RTL. C’est à propos d’un téléfilm « notable donc coupable » que la presse va donc se déchirer à coup de collectif, d’envolée lyrique sur la liberté d’expression ou, pis encore, d’inutilité de ces grands mea culpa.
Car on crie au lynchage… des média !!! On continue à parler de « l’affaire Baudis » quand il s’agit de l’énorme dossier d’un tueur en série et c’est l’amalgame qui tue.

Rappelons-nous…
Il y a quelque temps, insidieusement et petit à petit, l’affaire Allègre prenait des allures de scandale judiciaro-politique sur fond sordide d’orgies sado-maso.
Tellement plus croustillant ; rien ne devait arrêter l’emballement médiatique, pas même les alertes de quelques (rares à l’époque) chroniqueurs comme Philippe Val qui sur France Inter parlait « d’abjections ». Jean-Claude Guillebaud du Nouvel Observateur, lui - à propos de l’opération Karl Zéro - osait (enfin !) poser le vrai problème : « c’est le point d’aboutissement ultime de la dérive médiatique ordinaire lorsqu’elle confine à la pure saloperie ».

Mais rien n’y fera, pas même et surtout pas, la pénible intervention d’un Dominique Baudis, seul face à la calomnie, qui « suait » à grosses gouttes comme un vulgaire coupable… justement !
Isabelle Adjani en son temps - à l’occasion du même « pensum » concernant « son » Sida - à la sortie du plateau, se voyait affublée d’une pathologie « associée », le sarcome de Kaposi, qu’elle tentait maladroitement de cacher sous une main « anormalement » appuyée sur sa joue…

Car voilà bien le problème, malgré des propos courageux, des preuves têtues et incontournables, les calomniateurs trouvent toujours le moyen de tout retourner Ainsi, le tatouage, « vu » par la prostituée sur l’épaule de son magistrat tortionnaire, a « mérité » une expertise médicale, malgré les protestations de l’intéressé « prétendant » n’avoir jamais été tatoué.

« Serais-tu aussi blanche que la neige et aussi chaste que la glace, tu n’échapperas pas à la calomnie… »

Magnifique ! Un notable, élégant, brillant, à qui tout réussi, amour, famille, carrière, se transforme, dans les propos d’une prostituée, en un monstre déviant, torturant même des enfants… et ça marche !
Comment ? Pourquoi, sont des questions essentielles pour comprendre et peut-être empêcher que les mêmes pièges ne se referment sur d’autres victimes. Tel est l’objectif, déclaré, des auteurs et producteurs de ce téléfilm. Cela me paraît sain après Outreau, McCann et cie…

Laid Sammari pense - à juste titre - qu’il est temps, non seulement de revenir sur ces faits et méfaits, mais aussi de « punir » ces journalistes qui « plombent » toute la profession. Car il en va bien sûr de la crédibilité d’une profession essentielle à la démocratie et que l’on voudrait plus vigilante à l’éthique et la déontologie qui existent dans le code même de la presse. Un grand absent du débat, K.0 (qui ne l’est pas) se « défendant » en précisant qu’il est à la tête d’une « organisation commerciale » et que son objectif était d’acheter « vite » les droits de l’histoire d’une pauvre vie misérable sur le trottoir. Seulement, alors, il ne faut pas se prétendre journaliste « libre » et surtout ne pas en employer les méthodes, le ton et l’énorme pouvoir de diffusion.

Reste que les anciens acteurs de la calomnie, qui se présentent comme des victimes laisse mal à l’aise jusqu’à la colère ou l’écœurement.
Les journalistes - surtout les tricheurs ou les « mauvais » - seraient-ils les seuls à ne pas être « justiciables » ou « responsables » de fautes lourdes ?

L’acharnement médiatique dont beaucoup ont souffert ou souffrent, s’abattant sur ces « malheureux » rédacteurs, voilà qui réconcilie, un peu, avec la justice. Un remake plaisant de l’arroseur arrosé !

En revanche, il est primordial que le débat mené par Yves Calvi, et prévu après le téléfilm, ne fasse pas le procès de la presse. Ne nous trompons pas de combat et en cette occurrence nous ne pouvons que déplorer la « fiction » au point d’avoir changé les noms et les fonctions des protagonistes. Cette grossière distance hypocrite ne peut garantir toute la transparence et la gravité requises à traiter ces plaies de la communication et l’entêtement d’un gendarme, gonflé d’orgueil par le pouvoir exorbitant de grâce ou de disgrâce d’une cellule d’enquête destinée à instruire à charge, sous ses ordres.
Enfin, n’oublions jamais, la rumeur et la calomnie ne s’effacent jamais et personne n’en sort indemne.
Elles ont la peau dure et le retour flamboyant… tenez avec la photo, à la troublante ressemblance avec la petite Maddie, à la Une des journaux britanniques, on a envie de crier ASSEZ !

Apprenons à résister et à sanctionner. Moi j’ai peur et mal de tout cela et je ne lis plus les articles consacrés à « l’affaire McCann » comme, à l’époque de l’autre affaire, j’ai cessé de regarder le « Vrai Journal ».
La presse a le droit de douter, de s’interroger et le devoir de faire réfléchir, certainement pas d’être juge, encore moins d’être bourreau.
Elle doit s’interdire, au nom de la liberté, de promouvoir son opinion.
Mentir, manipuler c’est le début du totalitarisme en tous les cas, au moins, la preuve d’une absence d’éthique et de qualité.

« J’accuse », voilà un article qui devrait être lu à toutes les promotions du CFJ* non ?
Comme quoi toutes les lectures ne sont pas déplacées …
* Centre de Formation des Journalistes

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