Les pères la morale…
Il y a chez les patrons la même proportion d’incapables et d’indécents que dans toutes les autres professions. Ce qui dérange c’est l’amalgame qui conduit à cet environnement particulièrement délétère et qui s’abat sur l’entreprise.
Il est temps de tirer le signal d’alarme quant au climat que l’on entretient où le corps social, déstabilisé et sans repère, peut s’abandonner à la violence et à ses peurs savamment utilisées par des comportements et propos subversifs.
La difficulté et la victimologie n’excusent pas tout, n’autorisent pas tout. Faut-il rappeler, aussi indécents et provocateurs soient les exemples, que les « patrons » dont on parle sont une infime minorité dans le tissus économique français.
Où sont donc les bons patrons des PME ? Au boulot et pas en radio… Hélas.
L’amalgame permet des sauts conceptuels ravageurs et dévastateurs. La crise ne doit pas être prise en compte sur les facteurs déclencheurs, mais nécessite une analyse globale.
L’analyse ponctuelle et séquentielle des conséquences favorise des conclusions hâtives et des déclarations arbitraires et péremptoires de tous les pères, la rigueur, moralisant et moralisateurs.
La crise naît toujours à l’interne et il est urgent, en effet, de nous interroger au-delà du dialogue social – où aucun des acteurs n’a été épargné par les scandales – sur ce que nous voulons faire de nos entrepreneurs. Il est temps mais juste temps que chacun des « patrons » s’interroge sur son « modèle » et la conduite de son entreprise.
Imprimée dans nos esprits comme le distributeur de biens et de richesses du XIXème siècle, l’entreprise ne répond plus aux exigences et interrogations de la société civile parce qu’elle communique peu, trop mais de toutes façons toujours mal.
L’entreprise doit redevenir un acteur social alors qu’elle est absente de tous les grands débats de société et qu’elle oscille entre la critique du « paternalisme » et l’envie – encore bien récente – de la distribution du « manager » de l’année, golden boy, devenu depuis, trop bling bling.
Enfin, et il est presque trop tard pour rappeler le sens des mots et arrêter ce leurre de la morale incarnée par l’Etat. La morale est un ensemble de données, règles et comportements, mais c’est le droit qui fixe la vie en société. L’éthique – datée et contextualisée – est individuelle, elle ne se décrète pas !
Aujourd’hui, la légitimité et la crédibilité s’affrontent parce qu’il est commode de découper en rondelle un tout indivisible : l’Humain. Il n’y a pas en termes de perception une case compétence et d’autres comme empathie, intelligence, pédagogie et respect…
Si d’aucuns ont, ou s’arrogent, la légitimité de la compétence, ils devraient intégrer que certains de leurs propos, aussi pertinents soient-ils, ne sont pas crédibles.
Avant de donner des leçons, il convient de s’interroger et se demander si l’on incarne ce modèle de vertu.
Dans les études, il est curieux de ne jamais voir apparaitre les jugements sévères de la société civile quant à la crédibilité des politiques et des média qui occupent, dans les miennes, respectivement l’avant dernière et la dernière place.
La société française n’est ni immature, ni stupide, elle est fatiguée et lasse de ceux qui réclament toujours aux autres ce qu’ils ne s’appliquent jamais à eux-mêmes. La confiance sociale ne s’impose pas, elle se construit, elle s’authentifie ou se ré-authentifie.
L’exigence de transparence n’est pas seulement un concept de communication et ne vaut que par la loyauté et en cette occurrence… manifestement il n’y a pas que les patrons qui pêchent !
La crise que nous vivons est sans précédent parce que c’est une rupture entre des conceptions, des représentations différentes du monde. Elle ne peut bénéficier de mesurettes aussi inefficaces que désordonnées.
Elle doit être définie et révéler les enjeux qui sous-tendent ces convulsions. La vision séquentielle et en silo interdit la transversalité et la réflexion pour se précipiter à l’emplâtre sur les jambes de bois.
La confiance sociale est comme en médecine : le silence des organes. On ne s’interroge pas dès lors qu’un système fonctionne. La crise a l’intérêt de faire émerger un système dans la complexité de ses dysfonctionnements. La méfiance apparaît dès lors que la réalité n’est plus conforme à nos représentations.
Entre l’hôpital, mouroir haut lieu de l’accidentologie, les médecins « addictes » et les banquiers spéculateurs… Il convient de ré-authentifier la confiance sociale pour tenter de la restaurer par des changements profonds.
La peur de l’avenir, du trou noir où l’on sait ce que l’on est en train de perdre, mais où on n’imagine pas encore ce que l’on gagne, devraient être des objectifs de gestion politique, les seuls plutôt que l’interventionnisme incessant et la communication en boucle, qui loin d’anesthésier constituent la révolte du corps social.
Désigner à la vindicte populaire des individus, penser apaiser par la politique des boucs émissaires n’honore personne. C’est inefficace et dangereux. La France aspire au changement encore faut-il en fixer clairement le cap et trouver celui qui incarne la conduite de ce changement… Et en ce moment ici, ou là, ce n’est pas fait.
Barack Obama est sans doute porté par cette espérance, nous, bad luck cowboy… we cannot.
